dimanche 1 juillet 2018

Le fils de Camille

Morceau : Icarus
Artiste : Two Steps From Hell
Album : Skyworld (piste 13)
Année : 2012 
Posté par : The Prime Cronus
Image : un des albums de PrimeCronus (http://theprimes1.imgur.com/)



Pourquoi ce morceau ?
Comme pour Juggernaut, je suis tombée sur Icarus par hasard, intriguée par l'image. Je trouve que le morceau s'y prêt bien, avec la notion de vol dans le titre (Icare), et sa lenteur qui sied à une image de décollage. C'est un morceau assez soft mais qui m'a retenue dans ma promenade à travers les suggestions Youtube. Icarus est une respiration bienvenue après Juggernaut, et c'est certainement pour ça que j'apprécie ce morceau.

Alors un peu de légèreté dans le texte du jour ?

Un petit texte pour la route ?

[Première ère de Domination, Royaume de la Terre,

Camille marchait sur le bord de la route, sa vie dans un panier, son bébé emmailloté contre elle. Elle se retournait régulièrement, espérant qu'un colporteur à cheval passerait et lui laisserait de la place dans sa charrette. Les villageois, contrairement aux fées, ne voyageaient pas. Les seuls êtres humains sur les routes étaient la garde humaine des fées, d'autres soldats, des saltimbanques et des marchands ambulants. Elle prit donc peur en voyant arriver un jeune garçon avec un poney qui tractait un chariot. Il n'avait pas l'air menaçant mais il était toujours suspect de rencontrer des inconnus sur les routes. A cette pensée, Camille regarda son fils endormi et le paysage autour d'elle. N'était-elle une inconnue elle-même à vagabonder...
Elle se risqua à héler le jeune conducteur, au moins pour lui demander s'il allait dans la même direction qu'elle.
« Je me rends à la capitale, madame. Je peux vous avancer vers le nord si besoin.
‒ Je me rends également là-bas.
‒ Bien alors montrez ! Attendez, je vais vous aider à vous installer à l'arrière. Mes affaires s'étalent mais ne prennent pas tant de place que ça... » 
Camille s'assit dans un coin. Son petit se réveilla en pleurant. Elle rassura son dévoué conducteur que son bébé allait bien, il avait juste un peu faim et elle devait l'allaiter. Le rouge monta aux joues du garçon qui sourit d'un air gêné avant de reprendre sa place à l'avant. Pour la première fois depuis son départ, la jeune mère avait pu se poser et donner le lait sans être dans l'urgence. Elle resta concentrer sur son fils et ses yeux légèrement en amande... ces beaux yeux qui la faisaient sourire et qui furent aussi la cause de leur départ de la maison.
«  Je m'appelle Jun. Et vous ?
‒ Camille.
‒ Joli prénom. Et votre bébé ?
‒ Gaétan.
‒ C'est joli aussi. Ce n'est pas courant de croiser une mère et son fils sur les routes... Navré, je ne voulais pas paraître hautain, je suis juste de nature curieuse... Si vous ne voulez pas en parler, je le comprendrai. Ceci étant, la route est encore longue vers la capitale d’Émeraude et j'ai l'habitude d'être bavard.
‒ Vous n'aurez qu'à me parler de vous...» 
Jun venait d'un port du sud du Royaume de la Terre surnommé Petite Rive, à la frontière avec le Royaume du Vent. Il ne souhaitait pas devenir pêcheur comme ses frères et son père et rien d'autre ne l'intéressait dans son village. Il voulait devenir souffleur de verre. Le travail du verre était courant dans le royaume voisin mais comme ses parents ne pouvaient se permettre d'acheter un laisser-passer, Jun décida de tenter sa chance dans la plus grande ville du royaume. Il voyageait pour la première fois. Sa ponette Mag était celle d'un vieux meunier qui avait cédé son moulin et ses terres. Peu habituée aux longues routes, elle avait besoin de faire de nombreuses pauses. Jun parlait énormément à cette ponette, la rassurait lorsqu'un hippogriffe trompetait au-dessus d'eux. Il espérait que les dragons des fées royales n'étaient pas aussi effrayants que les rumeurs le prétendaient pour le bien-être de l’animal. Camille lui avoua n'avoir jamais vu un dragon de sa vie, mais elle en avait entendu un très jeune, en pleine nuit, alors qu’elle n’arrivait pas à s’endormir. C’était un moment qu’elle n’oublierait jamais, et la pauvre Mag ne l’oublierait pas également. 
Jun se révéla être un agréable compagnon de voyage. Toujours jovial, tournant les problèmes mineurs en dérision, il avait également bon cœur : voyant que la mère n'avait rien à manger, il partagea ses denrées sans hésiter, même s'il ne savait presque rien de son histoire. Alors, lorsque le soleil couchant commença à colorer les nuages de rose et d'orange, Camille lui proposa de s'arrêter à une auberge et qu'elle payerait les soupers et nuitées pour eux deux. Pour éviter les questions embarrassantes des aubergistes, Jun se fit passer pour le mari de Camille. Jun ne put s'empêcher de rester admiratif de la bourse pleine de pièces d'or de la jeune femme. Comment pouvait-elle être aussi riche et se retrouver à vagabonder sur les routes ?
La femme de l'aubergiste se prit d'affection pour le petit Gaétan. Toujours prête à lui sourire, elle le porta pour laisser Camille manger les mains libres. Néanmoins, en lui rapportant l'enfant, elle fit une remarque qui piqua la curiosité de Jun.
«  Ce bébé a les yeux de son père, c'est très mignon...» 
Jun regarda Gaétan et demanda à Camille si des membres de sa famille avait également les yeux bridés. En voyant la mère secouer la tête avec tristesse, il comprit que l'enfant n'était pas exactement comme les autres.
« Les gens du village pensaient que j'aurai trop de difficultés à élever Gaétan seule et que je devais l'abandonner. Son père est un pêcheur de hautes mers et il s'absente parfois pendant plusieurs mois... Il n'était pas présent à l'accouchement. A son retour, il n'a pas réussi à reconnaître Gaétan tel qu'il est.
‒ Comment ?
‒ Comme son fils. Il pensait qu'il avait enfanté un futur simple d'esprit. Il espérait même que l'enfant n'était pas de lui. Il l'avait hurlé sur la place du village, alors qu'on célébrait la bonne pêche des hommes et femmes du village. Des membres de la famille royale des fées étaient présents et avaient assisté à l'humiliation.
‒ Et vous êtes partie ?
‒ J'ai répondu qu'il était hors de question que Gaétan grandisse dans un lieu où il ne serait pas aimé. Donc oui, je suis partie. Arrivée à la tour du village, j'ai croisée les fées royales avant leur envol. Ils m'ont dit que si je croyais en mon fils, alors ils nous donneraient une chance de prouver au village qu'ils avaient tords. Ils m'ont donné de l'argent pour mon transport jusqu'à la capitale et un laisser-passer pour accéder au château.
‒ Et que vont-ils faire pour vous aider ?
‒ Nous confier un hébergement. En échange, je travaillerai pour la Princesse Sidrun. Des précepteurs pour enfants humains de familles hauts placées assureront l'éducation de Gaétan. Il pourra aussi travailler pour la famille royale à sa majorité.
‒ Si Gaétan veut aussi apprendre à souffler le verre, je serai ravi de l'aider !»…
Camille dormit avec son fils dans le lit que Jun leur laissa. Il dormit sur une chaise à bascule que l'aubergiste prêta pour bercer l'enfant si besoin. Le lendemain, les aubergistes leur offrirent le petit déjeuner ainsi que des vêtements pour la mère et son fils. Ils avaient entendu l'histoire de Camille et voulaient leur proposer leur aide si besoin. Le trio les remercia pour leur gentillesse et se remit en route. Les deux adultes discutèrent beaucoup ensemble à partir de ce jour et même rire ensemble tout au long du chemin. La capitale d'émeraudes fut en vue au bout de quatre jours et il fallut un cinquième pour arriver aux portes de la ville. Le nombre de commerces ambulants augmentait à l'approche de leur but. Les immenses murailles rendaient le cœur de la ville invisible de l'extérieur, hormis l'immense château fort en son centre et la tour des dragons royaux au nord. Ils n'avaient jamais vu quelque chose d'aussi gigantesque de toutes leurs vies. Le sommet des créneaux étaient couverts de lierre donnant une coloration d'un beau vert sur les pierres grises. Les hauteurs étaient surveillées par des soldats humains d'élite sur le chemin de ronde et aux portes, et par des fées qui volaient tout autour de la muraille. À l'intérieure de la ville, les rues étaient si large qu'on pouvait y faire passer quatre chevaux côté à côte. Aux abords de la muraille, les maisons étaient petites, tassées et en bois. En se rapprochant du centre, les habitations étaient hautes et en pierre. Des bosquets encadraient les bordures de rues, même lorsque ces dernières étaient pavées.
Jun laissa Camille et Gaétan aux portes du château. Cependant, ils continuèrent de se voir tous les trois pendant de nombreuses années et Jun pût assister à la remise de la médaille d'honneur des fées à Gaétan, devenu l'un des plus talentueux souffleurs de verre du Royaume de la Terre...]

Cet article a été rédigé durant le Camp Nanowrimo d'avril 2018 

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