dimanche 10 décembre 2017

Vers les Montagnes de l'Est

Morceau : Path to Freedom
Artiste : Audiomachine
Album : Platinum Series III: Eterna, piste 3
Année : 2009
Posté par : Divinum Music
Image : je n'ai pas trouvé l'original mais https://i.ytimg.com/vi/gPnnJfzCOnU/maxresdefault.jpg



Pourquoi ce morceau ?



Il est très difficile de retrouver la trace de mon cheminement Youtube pour tomber sur ce morceau: entre les suppressions de compte, de vidéo et les re-téléchargements, l'origine de mon retour dans la musique d'Audiomachine m'est inconnue. Toujours est-il que ce morceau m'a réconcilié avec le groupe.
On est dans un ton clairement plus grave, martelé lentement par les percussions. La mélodie entamée par les violons et les cuivres est pesante, et continue avec les chœurs. Tout le morceau est basé sur ces quatre notes dont la dernière, plus longue, donne un effet de découverte, d'ouverture sur un chemin inconnu. Cette note fait que le morceau, sombre, lourd, presque terre à terre, gagne en légèreté. Imaginez un oiseau, immense, tellement grand qu'on se demande comment il pourrait voler. Un, deux, trois, il bat ses ailes et s'envole. Quatre, il se laisse porter par le courant. Un, deux, trois, il les bat à nouveau, gagnant en altitude, quatre, il se laisse porter à nouveau. A 1:05, il touche les nuages. L'oiseau est déjà haut mais continue son ascension improbable. Et vous restez fixé sur son vol, se demandant jusqu'où il peut aller, porté par le vent des chœurs du morceaux qui se font entendre de plus en plus. 1:40, vous avez les mains au-dessus des yeux pour continuer de l'observer malgré le soleil. L'oiseau monte, monte encore, bat ses ailes sans cesse et passe devant l'astre à 2:11, formant une petite éclipse qui achève le morceau... Pendant ce temps, la playlist continue sa route!

Après ce vol vers la liberté, voici à nouveau un texte qui nous plonge dans une autre époque.

[ An II de la Magie,

Depuis le Grand Tremblement de Terre qui avait secoué le monde entier, Ouréa n'était pas rentré chez à la maison. Lui et son jeune frère fuyaient la guerre entre les humains et les fées qui faisaient rage depuis deux ans. Ils durent abandonner leurs parents, rester pour aider les plus faibles. Le frère d'Ouréa, Athos, était heureux d'être dehors. Il était restait enfermé depuis la naissance car il possédait de la magie, une maladie et un crime aux yeux des fées. Leur seul espoir étaient de se cacher dans les Montagnes de l'Est. Le Roi Vif Ier des fées livrait bataille dans les plaines, alors les personnes se cachaient à l'opposé. Ils accompagnaient d'autres adolescents, trop jeunes pour mourir à la guerre mais assez vigoureux pour marcher sur de telles distances. Ils étaient le future de leurs villages.
Sur la partie nord de la chaîne de montagnes, les neiges se coloraient en orange à l'aurore. Dans le ciel, aucune trace de dragons ou d'aigles géants. Dans les forêts, aucunes créatures magiques dangereuses ne virent à leur rencontre. C'était comme s'ils étaient tous partis défendre leurs fées, et tuer des humains sans contraintes.
«  Ouréa, tu crois que nous allons gagner ?
- Bien sûr. Si les fées se battent contre nous, c'est parce qu'elles savent que nous sommes aussi forts qu'elles ! Et si nous sommes aussi forts, alors nous allons gagner, Athos.
- Et surtout, nous avons des hommes  parmi nous, plus puissants en magie que les fées ! Un jeune garçon qui avait rejoint le cortège tardivement avait pris la parole. Ouréa, comme beaucoup d'autres se demandaient de quoi il parlait. Comment des hommes pouvaient-ils être aussi puissants que des fées ?
- Il y a des rumeurs, des histoires, que dans les autres royaumes, des hommes et des femmes, condamnés pour ubris, ont réussi à s'échapper de la prison lors du Grand Tremblement. Des gens qui maîtrisent même une magie supérieure à celles des fées. De véritables entités ! Ce sont eux qui nous libéront du joug de ces êtres ailés. J'espère moi-même devenir l'un d'entre eux.
- Et comment peux-tu savoir de telles choses ? L'ubris est mortel, il est impossible que de simple personnes puissent maîtriser autant de pouvoir. Ça ne s'est jamais vu !
- Dans mon village, un postier est arrivé, presque mourant. Il nous a raconté l'histoire une femme, humaine, capable de se transformer en nuage et de fondre sur l'ennemi. Lorsque le nuage se dissipait, la femme reprenait sa forme humaine et tous ceux qui étaient exposés à ce nuage sont morts. Ils l'appelaient la femme vengeresse ! »
Ouréa regardait son frère boire chacune de ces paroles. Il était reconnaissant à l'étranger d'avoir rassurer les plus jeunes mais il doutait que telle chose pouvait être l’œuvre d'un humain.
Le groupe d'adolescents évitaient les routes et les villages. Les plus grands chassaient du petit gibier pour nourrir tous le monde, récoltaient des baies et des graines en réserve pour le froid à venir, mais ce n'était pas la tâche la plus difficile. Le plus dur était de rassurer les plus jeunes, garder une cohésion de groupe, éviter la tentation de faire demi-tour pour retrouver leurs parents. L'idée que cette guerre se terminerait sous peu avec leur victoire, pendant qu'ils serraient saufs, à l'abri du danger, était ce à quoi ils s'accrochaient le plus.
Après des semaines de marche, le groupe d'adolescents du Royaume arrivèrent aux Montagnes de l'Est. Partis moins d'une dizaine, c'était une cinquante de personnes, pas encore adultes, qui devaient grimper sur ces pentes. Ils profitèrent d'un cours d'eau pour se désaltérer avant l'ascension.
La route était dure. Peu à peu, des fratries qui désiraient rester sur place, cherchaient une grotte pour se réfugier. Mais Ouréa et Athos ne voulaient pas s'arrêter là. Ils voulaient arriver au sommet. Ils espéraient ainsi voir l'ensemble du Royaume d'un seul regard, apercevoir leur village, voir la capitale, voir la mer. Ils étaient à nouveau une dizaine lorsqu'ils virent les chemins recouverts de neige. Ils se recroquevillèrent les uns contre les autres, attendant que le soleil colora les neiges et leur visage.
« Regarde, c'est le fleuve là-bas. 
- C'est celui qui passe près de la maison ?
- Non Athos, celui-ci est bien trop grand. Je pense que le village est par-là.
- Si on monte, on pourra voir l'autre côté ?
- Demain, on verra l'autre côté. »
A ce moment-là, un grondement retentit, glaçant d'effroi le petit groupe. Ils se levèrent, prêt à courir. Une jeune fille hurla en regardant vers les sommets : une avalanche fonçait sur eux. Ils voulaient dévaler à toute vitesse mais la route était étroite et les bords abruptes cachaient des rochers coupants qu'on devait sous la neige. Ouréa décida de prendre la main de son frère et le guida droit devant lui. Ils arrivaient dans la forêt la plus haute en altitude où Ouréa pensait que les arbres arrêteraient l'avalanche. La jeune fille continua d'avancer en leur hurlant de se dépêcher. Elle se tut lorsque les premiers arbres se brisèrent sous le souffle froid de la neige. Ouréa serra son frère dans les bras.
« Je ne te lâcherais pas. On va se laisser porter, comme dans la rivière, tu te souviens ?
La neige va juste nous faire descendre, et comme elle est douce, on ne sentira pas la chute.
- Grand frère, je ne veux pas mourir. Je ne veux pas... »
Le mélange de pierres, de neige et de branches faucha les deux garçons. Ouréa avait retenu son souffle, comme avant de plonger sous l'eau. Aveugle, il serrait ses bras contre lui de toutes ses forces. Il sentait le corps chaud de son petit frère contre lui et espérait qu'ils s'en sortiraient bientôt. Ballotté dans tous les sens, il était incapable de repérer le haut ou le bas. Puis, le temps s'arrêta. Il sentit qu'il était dans les airs, en pleine chute. Aveugle, il ouvrit la bouche pour respirer mais ce fut de l'eau glacée qui entra dans ses poumons. Il hurla le nom de son frère, espérant qu'il s'accrochait toujours à lui. A peine conscient, les poumons en feu, il tenta de se tourner pour être le premier à encaisser l'arrivée au sol.
Au matin, Athos se réveilla, allongé sur le dos, les bras en croix. Il pensait être à la maison mais la neige qui tombait en flocons de plus en plus gros lui rappela les derniers évènements. Il se leva péniblement et scruta le paysage. Autour, la neige était constellée de tâches brunâtres. Les branches sortaient du sol, des cailloux plein de terre salissaient le manteau blanc. Et surtout, il n'y avait personne.
« Ouréa ! Ouréa, où es-tu ? Ouréa !
Le jeune garçon, paniqué, courait ça et là, revenant plusieurs fois sur ses pas. C'est là qu'il vit arriver des adolescents qui l'aidèrent à chercher les disparus. Ils retrouvèrent la jeune fille mais elle était décédée sous la neige.
Comprenant que son frère était peut-être enseveli, Athos se mit à creuser avec ses mains. Sous sa peine, il allait de plus en plus vite, hurlant comme un enragé. Sa magie décupla ses forces et, à chaque fois il retirait de la neige, c'était des pelletées entières équivalentes à dix hommes qui se retiraient. Il soulevait les arbres sans peine, et creusait tellement vite que tout le groupe s'arrêta pour le regarder. Sa rage faisait fondre la glace, et bientôt, toute la neige avait disparue. Ouréa était allongé, les jambes coincées sous un arbre déraciné. Il avait les yeux ouverts, et les bras serrés contre lui comme si son frère était encore là. Athos repoussa l'arbre et se glissa dans l’étreinte d'Ouréa. Les larmes coulaient sans interruption. A chaque fois qu'elles touchaiant le sol, une plante poussait. Bientôt, les deux frères furent cachés par une forêt dense, exempt de neige, où les adolescents trouvèrent refuge pendant la guerre. Gardiens de cette forêt, ils surveillaient le passage des personnes à travers l'ensemble de la chaîne de montagnes, et quiconque voulaient traverser le Continent d'Ouest en Est devait rendre hommage à Ouréa.
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