dimanche 4 juin 2017

New Beginnings - 2ème partie

Morceaux : New Beginnings (sans et avec guitare)
Artiste : Future World Music




[An X du Feu,

Le ciel de nuit brillait de centaines d'étoiles et de rideaux colorés, les aurores australes. Pas un nuage, pas un brin de vent et pourtant, la mer était déchaînée. Entre ciel et terre, le Rosace, pris en étau par une pieuvre gigantesque, allait disparaître.


A son bord, le capitaine Eric Shepherd tentait d'expliquer à ses compagnons qu'ils devaient quitter le navire, leur maison. Il sentait que la pieuvre les entraînerait vers le fond, une fois que tous ses tentacules tiendraient le bateau. Ils devaient donc sauter avant pour ne pas être, eux aussi, entraînés vers les profondeurs.
Ils avaient tous tout tenté pour s'échapper à cette mort. Sauf deux personnes. Le capitaine lui-même qui, après avoir récupéré le Globe des fées de l'eau, eu l'orgueil d'emmener ses compagnons plus au sud, pour voir ce qui se cachait derrière les aurores et Abigaël. Elle restait accrochée au mât principal, les dents serrées. Peut-être n'avait-elle aucune attache sur la terre ferme mais, depuis la Guerre du Feu, elle n'avait aucunement l'intention de mourir sans se battre jusqu'au bout.
Oui, elle avait lancé tous les sorts des quatre éléments qu'elle connaissait. Elle avait envoyé des murs d'eau pour assommer le monstre, des bourrasques pour décoller ses tentacules, des flammes pour les brûler, et utilisé le bois arraché comme des flèches. Mais rien n'y faisait. Ce monstre, comme de nombreuses créatures qui entouraient le continent caché du « Sud », comme l'appelaient les gens d'ici, était missionné pour que personne ne franchit la frontière. Les petits sortilèges d'une apprentie à quatre émeraudes n'y feraient rien. Il fallait un monstre pour combattre un monstre.
Abigaël se prépara mentalement à abattre sa dernière carte. La voix de sa mère passait en boucle dans sa mémoire. L'utilisation des sortilèges interdits de son peuple en dehors d'Al Arena, pouvait la tuer, ou pire, l'exiler de la terre de ses ancêtres à jamais. Du côté du Monde Connu, la magie d'Abigaël était décuplée. Elle risquait l'Hubris. Et d'en mourir. Tout comme si elle ne faisait rien sur ce navire. La mère d'Abigaël lui avait transmis les sortilèges sacrés d'Al Arena très jeune. Bien avant sa fugue. C'étaient les sortilèges les plus beaux qu'elle eut vu de sa vie. Loin de la gestuel simpliste des sorts du Monde Connu, Continent et Royaume du Feu réunis.
Le capitaine arriva à sa hauteur. Il n'y avait pas de larmes dans ses yeux bleus, mais un sentiment de honte. Le regard que vous lance un enfant après avoir scruté ses pieds de longues minutes suite à la pire des bêtises.
- Nous devons quitter le Rosace maintenant. Je... J'espère... qu'à l'avenir, je tiendrai compte de vos avertissements avec plus de sérieux.
- Pour ceux qui auront un avenir, capitaine Shepherd, répliqua sèchement la magicienne. Elle enleva son collier serti de ses émeraudes qui bridaient ses pouvoirs, et le confia au capitaine. Vous pourriez me garder ça s'il vous plaît. Le talisman appartenait à ma tante, j'y tiens beaucoup. Puis sous le regard étonné du capitaine, elle baissa le haut de sa robe, révélant les nombreux tatouages qui constellaient sa peau. Elle tendit sa main vers la proue, et dessina dans l'air, des cercles de plus en plus grands. Une bulle d'air apparut sur le pont, et lorsque cette bulle fut suffisamment grande, elle s'y engouffra. A l'intérieur, le sol était stable. Elle tendit ses deux bras vers l'avant et sa jambe gauche sur le côté.
« Pied gauche, cercle. Pied droit, motifs. Main droite, motifs. Main gauche, exécution. » Elle dessina des symboles imaginaires avec son corps, le bras gauche toujours vers l'avant. Les gestes étaient encore assez gracieux pour activer sa magie. Abigaël sentit tous ses tatouages bouger sur sa peau. Cette sensation, longtemps oubliée, lui redonna le sourire. Elle n'avait jamais été elle-même depuis tant d'années... Elle tournoyait de plus en plus vite, ses gestes devenaient de plus en plus précis. Et, au bon moment, elle frappa le sol du plat de sa main gauche. Un sifflement se propagea autour du Rosace. Puis un grondement sourd. Une vague de choc souleva des eaux de surface qui s'éloignèrent du voilier. Les tentacules lâchèrent le bateau violemment. Abigaël, concentrée, n'entendit pas les réactions de ses compagnons d'infortune. La bataille n'était pas terminée. La Pieuvre n'avait pas apprécié son coup et allait revenir à la charge. Abigaël tourna à nouveau pour préparer le prochain. Sa bulle d'air se souleva dans les airs, pour être au-dessus du navire et voir le monstre arriver. Abigaël irradiait tellement de sa magie que sûrement, toutes les personnes dotées de pouvoirs dans le Monde Connu avaient dû sentir le choc. La bulle d'air s'entoura de flammes avec ses gestes. Sa main gauche sur le cœur, Abigaël accéléra ses mouvements, franchissant peu à peu, un autre état de conscience. A ses pieds, le monde s'effaçait. Les yeux fermés, elle dansait dans l'ombre.
Puis il apparut, les tentacules ouverts, le bec hurlant. Elle tendit ses deux bras vers le monstre et se laissa tombée doucement vers le pont principal dans un cri strident. Comme le monstre. Ce dernier était en parti sortit de l'eau mais restait figé à cause du dernier sort d'Abigaël.
Elle-même ne bougeait plus. Les dents serrées, son corps frissonnant les faisait claquer. Ses yeux étaient grands ouverts, pupilles dilatées, les larmes coulaient sans s'arrêter. Le capitaine et le lieutenant Mattew Pierce s’approchèrent. Lorsqu'elle se tourna vers eux, le monstre bougea aussi. Elle avait réussi à se projeter dans son esprit. Lorsqu'elle ouvrit la bouche pour parler, sa voix était couverte par les cris de la Pieuvre.
- Capitaine ! Je ne tiendrai pas longtemps. Au moment où je perdrai connaissance, la Pieuvre s’évanouira aussi. Pendant une heure environ. Vous devez avoir quitté la zone d'ici là. Bien capitaine ?
Le capitaine Eric Shepherd hocha la tête, confia l'organisation de la poupe au lieutenant Pierce et lui-même organisait le bateau à l'avant. Abigaël tint encore quelques minutes pour gagner du temps. Elle sentait l'esprit de la Pieuvre se battre dans sa tête. C'était un sentiment horrible que de prendre possession du corps d'un autre, même si c'était un animal. Elle eut le temps de sentir le bateau bouger avant de s'effondrer sous la fatigue.

A son réveil, Abigaël n'était pas dans son hamac mais dans la cabine d'un officier. Le capitaine était assis par terre, les genoux contre sa poitrine, serré par ses bras. Sa queue de cheval coupée indiquait que l'équipage avait déjà organisé les funérailles des compagnons disparus. 
- Combien, murmura Abigaël encore engourdie.
- De vies ? Neuf. Ahmed, Barnabé, Emma, Lucie, Nobu, Paul K., Rachel, Victor et Wolf. De temps ? Cela fait quatre jours que vous dormez. Nous approchons de l'île du Gouffre. Nous y ferons escale pour finir les réparations et charger des vivres, voir, embarquer des personnes qui souhaiteraient rejoindre le Continent. J'ai laissé votre collier sur la table de chevet.
Abigaël le saisit et le mit aussitôt. Elle regarda le talisman et se remémora son combat contre la Pieuvre. Ainsi, c'était fini. Elle retournait sur l'île du Gouffre, et cette fois, sans l'espoir de revoir sa famille, de l'autre côté des aurores. Ses parents, ses frères, ses sœurs, sa tante... Elle ne retournerait plus jamais chez elle. Le quatrième émeraude du talisman se mit à trembloter puis se dédoubla. Elle avait cinq émeraudes à présent. Le capitaine Shepherd qui aperçut la scène la félicita. Elle lui lança un regard lourd de reproches.
- Vous pouvez disposer, capitaine. Je serai de retour sur le pont dans quelques instants.
Il sortit sans un mot. La magicienne de l'équipage s'attendait à pleurer pendant des heures mais aucune larme ne vint. Elle relit une dernière fois les gravures de sa tante à l'arrière du talisman puis se leva... « Pour un nouveau départ... »]

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